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Les (fameuses!) lois de la Nature

Il y a 3 ans, lorsque j'ai annoncé sur les réseaux sociaux le décès de ma chienne à l'âge de 16 ans, de mort naturelle, je n'ai reçu que messages compatissants et soutien.


Aujourd’hui , je partage la tristesse qui est la mienne d'avoir perdu Foxie, une cane âgée de 5 ans, emportée par un renard. J'écris un hommage à sa vie, au temps que nous avons partagé, à la personne qu'elle fût, à son courage et à sa grandeur. Et les réponses que je récolte m'interpellent: on m'explique que c'est dans l'ordre des choses, car enfin ce sont les lois de la Nature, qu'il faut bien que se nourrissent les renards et que soient libres les canards (libres de se faire dévorer, alors).


J'ai le cœur assez accroché et l'esprit assez lucide pour ne pas m'en offusquer, mais je ne peux m'empêcher de relever la différence de traitement accordé au décès d'un animal selon qu'il soit un chien ou un canard et par conséquent, au deuil de celui qui les perd.


Alors je voudrais en venir à ces fameuses "lois de la Nature", dont nous abusons désormais, au point que ces quelques mots ne peuvent plus rien vouloir dire.


Car il est facile de dire "ce sont les lois de la Nature" lorsque nous nous situons en dehors d'elle. Et c'est précisément ce que cela signifique: je ne suis pas concerné car la Nature est Elle et je suis cet autre qui la nomme ainsi et la juge. De ce point de vue confortable, nous pouvons accepter sans en être affecté la violence qu'elle nous donne en spectacle et nous extasier de sa beauté, comme un idéal fantasmé.


Ainsi, le canard ferait partie de la Nature (le chanceux qui participe au spectacle), et bien que compagnon de l'homme, quand il se fait dévorer par ce protagoniste de renard, s'il est vrai que cela est triste, il faut se consoler car maman goupil aura nourri sa progéniture. Tandis qu'il faut se lamenter de l'euthanasie d'un chien dans un refuge car lui, malheureux, ne devait pas faire partie de la Nature; sa mort est donc inutile et la violence qu'il subit est inacceptable. Je reviendrai sur ce sujet, du statut du mort, mais je ne peux pas le développer ici.


Revenons aux "lois de la Nature", et je vous invite pour un instant à embrasser une perspective différente, qui est la mienne : nous faisons partie de la Nature. En fait, nous sommes la Nature. Parler d'elle comme d'une entite séparée de nous est un non sens, de même que parler de vous comme une entité séparée d'elle.


Nous vivons dans un système fini qu'est la planète Terre, et ce que nous appelons "nature" parle de l'ensmeble des être vivants et des ressources qui la constituent. Ainsi la nature est notre réalité de chaque instant, à laquelle nous ne pouvons nous soustraire dès lors que nous sommes incarnés.


Le pétrol est naturel. Le nucléaire est naturel. Tout ce qui entre dans la composition des objets de notre quotidien est naturel. Tous les remèdes sont naturels. Car à l'origine de tout ce matériel, se trouvent des êtres vivants et des ressources qui appartiennent au système Terre. L'homme peut manipuler, transformer la matière en utilisant l'énergie, mais il ne peut pas créer une nouvelle matière, il ne peut pas créer un système hors du système Terre. Le rêve fou de la conquête de l'espace n'est possible qu'avec les ressources du système Terre, ET l'illusion que nous pouvons nous en extraire.


La nature nous entoure, elle est en nous, nous lui devons d'être là, nous ne pouvons pas nous en dissocier. Ainsi existent en nous sa violence et sa beauté, la lutte pour la survie et la quête d'abondance, car elle est vie et abondance, mais dans ce grand système la vie des uns continue grâce à la mort des autres, et nous avons à accepter que nous sommes un bref instant, un léger frisson dans l'univers : rien de plus, rien de moins.


Je suis la nature et je rejoins mon canard dans ce grand théâtre pour le protéger du prédateur un jour et le manger demain. Maître renard avant mon heure l'emportera mais, parce qu'il veut vivre encore, le canard échappe au prédateur, jusqu'au jour où. Pendant ce temps, il aura vécu sa vie, celle qui échappe à tout autre, et qui fait de lui ce qu'il est. Et un jour si je tue le goupil, ce sera toujours dans l'ordre des choses.


Mon essence est d'être humain. Alors j'espère échapper à la mort en agissant comme si ma propre fin s'éloignait chaque jour un peu plus, et je dote les animaux qui m'entourent de ce que je crois être un privilège. (Je soupçonne notre cortex préfrontal d'avoir sa part de responsabilité dans ce délire! ) Ainsi je tente vainement de les extraire avec moi de la nature à laquelle j'appartiens, me pensant créateur.


Mais la vie qui m'entoure sous toutes ses formes, que je nomme nature lorsque je tente de lui échapper, me rappelle inlassablement à elle et les animaux à nos côtés sont "une fenêtre ouverte sur le réel" pour citer Noémie Calais, co-autrice de "plûtot nourrir" car je n'ai pas trouvé de formule plus juste et plus simple que la sienne. Je pourrai ajouter "ce réel qui nous échappe", mais c'est une autre histoire!






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